- nom: Dudenhoeffer
- prénom: Catherine
- nom d'artiste: Wagner Dudenhoeffer Catherine
- adresse: le coin 19
- ville: Orvin (Suisse)
- téléphone:
- portable:
- fax:
- activité: peinture
- style: onirisme
- matériau: cire, crayon, encre, technique mixte, tempera, toile
"peintre "
Il semble souffler sur l’univers de Catherine Wagner Dudenhoeffer un vent de liberté et de fantaisie qui saisit l’amateur au premier coup d’œil, et l’artiste est bien comme le laisse présager ses toiles : entière, passionnée, enthousiaste et libre.
De son propre aveu, elle n’eut pas, comme le disent certains artistes, de « vocation précoce » ni d’ « illumination » artistique. Mais du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours dessiné, enfant, puis parallèlement à son parcours professionnel, assez éloigné de la pratique artistique. Ainsi, d’année en année, l’art prit de plus en plus d’importance dans sa vie, jusqu’à ce qu’elle choisisse finalement de s’y consacrer définitivement à la fin des années 90, elle qui exposa pour la première fois il y a 25 ans, à Strasbourg, ville dont elle est originaire.
Catherine Wagner Dudenhoeffer est un « électron libre » de la peinture. Non qu’elle se tienne volontairement en marge du monde et du marché de l’art contemporain – elle sait parfois se plier à ses codes- mais elle reste éperdument attachée à cette chère liberté, si nécessaire à la création.
Ce n’est donc pas dans son œuvre qu’on se réconfortera de reconnaître maître ou école. Bien sûr, Catherine Wagner Dudenhoeffer a appris les règles formelles de son art, consciente de la limite à la créativité que représente l’insuffisance de maîtrise technique. Elle fréquenta donc longuement, assidûment, les ateliers d’artistes. Mais c’est là plus qu’ailleurs, confie-t-elle, que s’enracinèrent son « goût de la technique et le dégoût des influences » et avec eux, sa volonté de créer une œuvre dégagée de toute tutelle. Et même si elle aime artistes et artisans, de Lalique à Boulle, de Bernini à Klimt, de cette exigence résulte une œuvre non formatée, autonome et très personnelle.
On pourrait se demander pourquoi une artiste si éprise de liberté n’a pas choisi une totale abstraction, qui, dans son absence d’image, semble en laisser le plus grand champ. C’est que, explique Catherine avec beaucoup de finesse, la figuration a cela de riche qu’elle permet, parce que le spectateur peut se raccrocher à quelque chose de représenté et de reconnu, de dialoguer là où l’abstraction ne permet, au fond, que le grand écart entre un jugement purement conceptuel…ou de pure sensibilité. Car la relation avec le spectateur, « l’échange d’imaginaire », sont fondamentaux pour Catherine, loin de l’attitude adoptée par certains artistes, imposant leur vision et craignant le spectateur comme celui qui pourrait « n’avoir rien compris ». Ici, nulle intention secrète du peintre ne peut être travestie par un regard erroné : tout est là, sur les cimaises, dans le dialogue qui s’instaure. Ainsi le spectateur peut-il vivre la toile aussi intensément que Catherine l’a créée, dans ce « plaisir pur de peindre » qui l’exalte toujours.
Et parce que pour l’artiste, l’imagination prime, encore et toujours, il y a ce que la toile suggère mais aussi ce que le spectateur y projette de ses propres images, de ses propres histoires, complétant finalement la vision de l’artiste. Catherine Wagner Dudenhoeffer ne « donne » donc pas « à voir » mais partage une vision, ouvre un champ d’exploration, propose sans imposer.
Tel est le credo d’une artiste qui se veut simple, « populaire » au sens le plus noble du terme, ce qui ne signifie ni simplisme ni démagogie, mais prétention à un art accessible et sincère. Un art qui se lit et s’apprécie avec les yeux et le cœur avant que la raison et l’esprit ne s’en mêlent, un art non conceptuel même s’il serait hâtif d’en conclure qu’il est dénué de sens.
Le travail de cette conteuse d’histoires se nourrit de quelque chose de puissamment onirique, dans ce réseau de formes à la fois floues et rigoureuses, gansées de blanc, dans ces aplats de couleurs juxtaposés aux impressions d’aquarelles délavées. Quelque chose comme une réalité aux contours imprécis, comme lorsqu’en un demi-sommeil, les formes, bien qu’irréductiblement présentes, estompent leurs traits. On se transporte alors en douceur dans un autre univers. Et si, comme le disait Freud, le rêve, et l’inconscient qui le génère, ont de l’humour, l’œuvre de Catherine n’en est pas dépourvue. On sourit souvent devant ces toiles carrées comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde flottant. Des bouches nous appellent, des yeux semblent nous observer malicieusement, mystérieusement. Peuplées de silhouettes fantasmagoriques, les œuvres de Catherine nous incitent à reconstituer le puzzle de formes que l’on devine humaines ou animales, et, en cet ère de zapping chronophobe, happe notre regard, notre attention, et notre curiosité plus longtemps qu’à l’accoutumée.
C’est encore avec humour, et légèreté, que Catherine Wagner Dudenhoeffer instille çà et là quelqu’occasion nouvelle de dialogue et de discussion. Car si elle ne prétend nullement à délivrer de message sociologique ou politique, son travail néanmoins porte suffisamment de densité pour dévoiler un arrière-fond parfois polémique, dans lequel on reconnaît bien la personnalité entière de l’artiste, tel ce « mariage arrangé » voilé d’inquiétude, ou ce « politique fictions »… Ses toiles, au delà de la rêverie qu’elles inspirent, s’ancrent bel et bien dans un regard distancié sur la réalité du monde.
Les raisons pour lesquelles on se porte acquéreur d’une oeuvre d’art sont souvent intimes et mystérieuses. Mais les peintures de Catherine sont si vivantes qu’elles continuent d’échapper à leurs acquéreurs qui y découvrent chaque jour quelque chose d’inédit, et y investissent sans cesse de nouvelles histoires, d’improbables histoires…
Catherine Wagner Dudenhoeffer, qui se dit parfois simple intermédiaire, réussit donc parfaitement dans son entreprise, en créant des œuvres autonomes, qui ne se laissent jamais réduire à des images.
Marie Deparis, Critique d’art
Paris, septembre 2007