- nom: Thoemus
- prénom: Gérard
- adresse: 167 rue st maur
- ville: Paris - 11eme (75011)
- téléphone: 01 43 57 62 86
- portable:
- fax:
- activité: peinture
- style: paysage
- matériau: acrylique
"Peindre en péripatéticien"
Peindre en péripatéticien
ou la peinture non intentionnelle
Rien à voir, bien sur, avec la technique des dames de la rue St Denis. Il faut l'entendre à la façon de ces disciples d'Aristote qui aimaient à deviser tout en déambulant. Après tout, la peinture n’est pas autre chose que de la pensée en mouvement, qui cherche à prendre forme, et quoi d’étonnant à ce que le couple Action-Réflexion soit indissociable, au point qu’on ne sache plus lequel soutient l’autre.
Mais si tout le monde semble admettre qu’une pensée sans support ou un acte sans conscience ont vite fait de se perdre et de tourner en rond, plus rarement y a t’il prise en compte de la nature même du mouvement. Ainsi, lorsque nous démarrons une oeuvre avec un projet ou une intention, la plus grande part du mouvement se concentre sur les moyens mis en oeuvre et semble se résumer à des questions de stratégie et finalement d’habileté.
Il en va tout autrement lorsque nous privons notre esprit d’une direction précise et que nous le laissons au prise avec la matière brute, au barbouillage informe dans lequel il peine à s’orienter. Car à quoi reconnaît t’on une chose que l’on ne cherche pas? Le mouvement devient exploratoire : il tâtonne ou s’élance vers ce qui lui semble produire un ordre et acquérir du sens. Sans raisons objectives de choisir ceci plutôt que cela, la pensée écoute s’il y a ou non un écho à ses gestes en se comportant comme une sorte de sonar signalant tout à coup la présence d’un corps là où elle ne voyait rien.
Ainsi ce mouvement répété, proche de l’écriture automatique, finit-il par faire l’inventaire d’un univers de références sur lequel se fonde intuitivement notre comportement, et dans lequel ” beaucoup d’images empruntées à des ordres différents pourront, par la convergence de leurs actions, diriger la conscience vers ce point précis où il y a une intuition à saisir.”(Proust.)
Qu’on ne s’y trompe pas : les peintures présentées ici ne sont pas réellement des peintures de paysage. Elles n’ont jamais été conçues au départ pour le devenir. Si elle le sont peu à peu devenues, cela est surtout le résultat d’un parcours qui renvoie à ce qu’écrivait Marguerite Yourcenar dans “ Les mémoires d’Hadrien” :
“ Le paysage de mes jours semble se composer comme les régions de montagnes, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J’y rencontre ma nature, déja composite, formée en parties égales d’instinct et de culture. Ca et là affleurent les granits de l’inévitable; Par-tout les éboulements du hasard...”
A vrai dire, c’est à peine s’il est encore ici question de peintures, tant les principes dont elles tirent leur substance appartiennent en réalité à l’existence, au regard que l’on porte sur toutes choses et au désir que celles ci prennent sens, parfois à l’aide de discrets et inconscients trucages.