- nom: Stricher
- prénom: Gérard
- adresse: 5 rue de la Montagne de l'Espérou
- ville: Paris - 15eme (75015)
- téléphone: 01 34 78 23 88
- portable: 06 11 30 19 21
- fax:
- activité: peinture
- style: abstrait
- matériau: acrylique, huile
"Artiste peintre"
L’historien Michel Pastoureau, dans son livre Bleu, histoire d’une couleur écrit : « La couleur est fard, luxe, artifice, illusion. Elle est vaine parce qu’elle est matière ;elle est dangereuse parce qu’elle détourne du vrai et du bien ; elle est coupable parce qu’elle tente de séduire et tromper ; elle est gênante parce qu’elle empêche de voir les formes et les contours. » Les théologiens n’ont pas toujours aimé la couleur, elle corromps l’âme. Pour eux la couleur est un mot qui vient du latin color, se rattache à la famille de cellare cacher, la couleur est ce qui dissimule, et trompe.
C’est en bon païen que Gérard Stricher en use. Cherche-t-il à plaire ?
Ses associations de couleurs sont loin de nous mettre les nerfs à vif et sa façon de faire, brouille les pistes. De qui est-il l’héritier ?
Les couleurs vives rappellent celles des Fauves. Certaines évoquent la lumière dorée de Bonnard. Leur côté acidulé rappelle l’atmosphère des œuvres du peintre anglais David Hockney. Le rouge, vert, jaune sur bleu... Assemblés dans un certain ordre ont donné L’homme qui Court peint en 1933 par Kasimir Malevitch, les intérieurs de Raoul Dufy.
L’élan intérieur de Gérard Stricher n’a rien de naïf. Son projet artistique est du côté du possible :« On est loin d’avoir étudié toutes les pistes de l’abstraction » dit-il. « Basculer dans le figuratif je me sentirais pris au piège de la réalité. Pour m’exprimer entièrement, je ne veux pas avoir cette contrainte ». Promesse qu’il s’est faite à lui-même, pari pascalien ? La dernière série comprenant des photographies où l’image est détournée à l’aide de traits nerveux de pastel illustre parfaitement la volonté de l’artiste.
Depuis les théories sur la couleur de Kandinsky lesquelles ne contredisent en rien celles des théologiens austères de la Réforme, le pouvoir que la couleur exerce sur les sentiments et les émotions est utilisé pour lui-même. La peinture abstraite signe ainsi son certificat de naissance, la liberté.
En contre parti le pouvoir symbolique de la couleur, on l’a depuis longtemps distillé, presque oublié. La mer a été pour Homère « couleur de violette, couleur vineuse ». « Que représente pour vous le bleu ? » J’aimerais demander à Gérard Stricher car la plupart de ses œuvres en sont dépositaires.
« Je travaille à Vétheuil qui fut un centre de peinture très couru par des artistes comme Pissarro, Monet et plus proche de nous Joan Mitchell et Riopelle... Je suis entouré par la nature d’où probablement mes influences ... »
Culture et nature... Ces deux pôles d’enseignement fondamentaux chez Gérard Stricher s’affrontent, se fondent et matérialisent son œuvre. De l’acrylique, l’huile ou le pastel, il en a fait ses complices compagnons de travail.
Rappelant l’écriture de l’artiste américain Cy Twombley, le dessin graffité, griffonné, prend une place importante dans sa recherche. À ces volumes, il apporte des complications mystérieuses. Au contenu de son œuvre, des envolées poétiques, comme dans la toile intitulée 61 et, dans In the bac of my mind, par exemple, ces tremblements de la ligne produisent une certaine sophistication.
Aussi bien dans ses petits formats que dans ses grands, l’artiste crée une étendue monumentale étonnante : The Red Field ne fait que 26x20 cm. Mais l’œuvre garde son ampleur. Les coulures de peinture frayent d’eux-mêmes leur chemin.
Les plus récents de ses travaux nous donnent à voir des paysages qui flottent comme dans un fond marin où l’on découvre un monde autre et merveilleux : Bird. L’œil pénètre des murs d’algues, espaces transparents et liquides où le centre de gravité disparaît.
Malaise, inquiétude, quiétude et trouble, ironie, humour et jeu, la poétique de l’œuvre de Gérad Stricher est luxuriante comme la nature. On la découvre et l’on rêve !
Ileana Cornea - Paris, août, 2009