- nom: Allirand
- prénom: Renaud
- nom d'artiste: Renaud Allirand / DIP
- adresse: 3, rue Debelleyme
- ville: Paris - 3eme (75003)
- téléphone:
- portable: 06 89 31 92 98
- fax:
- activité: calligraphie, dessin, gravure, illustration, peinture, photographie, plasticien
- style: abstrait, art brut, art singulier, expressionnisme, figuratif, imaginaire, inclassable, nature morte, nu, paysage, surréalisme
- matériau: acrylique, crayon, encre, gouache, métal, numérique, papier, plastique
"peintre, graveur et dessinateur"
Il est des rencontres dans la vie qui ne sont pas des coïncidences mais des rendez-vous sans date convenue.
Après dix ans de peinture et de dessin, la gravure s’impose à Renaud Allirand et se révèle, comme une sorte de tourbillon aux mille expressions, sans limite.
Nous sommes en 2002. Le peintre n’a pas d’expérience en gravure, mais est encouragé dès le premier tirage par l’imprimeur René Tazé, taille-doucier et compagnon désormais indissociable de l’œuvre gravé.
L’artiste qui travaille alors sur le thème de l’écriture, attaque directement la plaque et déverse des mots empreints de violence et de passion, de façon inversée et volontairement illisible. La matrice de cuivre sur table et la pointe sèche en main, l’aventure débute. Le cuivre, à la manière d’un miroir, est le lieu de rencontre entre le visage du graveur et une pensée intime. L’écriture est gravée d’un geste spontané et continu, puis couchée sur le papier par l’imprimeur, pour enfin exposer au regardeur un monde où se mêlent les premières écritures cunéiformes ou encore arabes des civilisations passées, dont les lettres ondulent et esquissent des courbes jusque-là inconnues. Les mots ne se lisent pas, ne se comprennent pas, ils s’imposent et deviennent le langage de tout un chacun.
Un autre jour, aux mots se sont mêlées les verticales et les horizontales. Le trait gravé devient plus abstrait, plus géométrique et comme à la recherche d’un certain équilibre. Le style est concis et rigoureux. Telle gravure s’apparente à un paysage en bord de mer, telle autre à une grille au-dessus d’un abîme. De ces quadrillages, de cette prison ou de cette passerelle vers l’extérieur, l’œil goûte aux joies de la vie. Comme en peinture mais à l’inverse du dessin, il n’y a pas de personnage. Le paysage est austère et imaginaire. Pourtant, résultant de traits régulièrement griffés, on aperçoit comme un duvet sur une dune, humaine.
Le noir est travaillé avec passion et espoir. Il est souvent présent sous forme de grands aplats, d’espaces, de jeux d’ombres d’où émerge la lumière. Le noir n’est pas une couleur, il est les couleurs. Celles qui sont enfouies au fond de soi, et qui bien souvent sont maladroitement utilisées en gravure, car peut-être trop emplies de charge émotionnelle.
Quant à la technique de l’eau-forte, elle est arrivée après, par l’intermédiaire d’un pinceau fin trempé dans de l’acide chlorhydrique. Le graveur travaille alors sur une matrice de zinc. Le geste ressemble à celui du dessinateur à l’encre de Chine. Renaud Allirand qui pratique en alternance le dessin sous le pseudonyme de Dip, retrouve ici le plaisir du feutre vif et glissant de ses croquis. Le pinceau caresse la plaque, la mord et après encrage, et un passage sous presse, présente une composition aux lignes irrégulières, presque vidées, une sorte de doux camaïeu de gris, transparent.
Dans Les Haubans, l’artiste inspiré par les ponts suspendus, retrouve l’architecture, domaine de fascination souvent présent dans la construction de ses planches. Les tubes se croisent, s’emmêlent et nous entraînent dans un tournis. L’ivresse est grisante. Le trait dévie et initie une oblique radicale. Cette évolution, à peine perceptible, est un tournant plastique pour son auteur. Le travail est plus dépouillé et donc rigoureux. Des lignes rayonnantes apparaissent, à l’image de l’astre solaire que l’on retrouve dans les bas-reliefs égyptiens. On pourrait y voir également, le labour, la terre, une certaine image de la nature refuge et source d’inspiration intarissable. Enfin, les estampes augmentent en taille, l’artiste trouvant dans le grand format une liberté pour l’instant impossible en peinture.
Renaud Allirand est un artiste fécond qui aime semer le trouble dans ses créations. Il faut les apprécier, s’en imprégner et parfois même les écouter. En s’approchant de quelques œuvres on peut à certains moments percevoir une musique harmonieuse et « un joli brin de voix », peut-être celui de l’artiste qui ne travaille qu’en musique et en chantant.
Lise Fauchereau, 03 avril 2007