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Piveteaud Dominique

  • nom: Piveteaud
  • prénom: Dominique
  • adresse: Jungstr, 18
  • ville: Berlin (Allemagne)
  • téléphone: 03029777693
  • portable:  
  • fax:  
Visuel sur l'artiste
  • activité: sculpture
  • style: abstrait
  • matériau: matériaux divers, métal, pigments, récupération

"Sculpture, assemblage"

Critique d'oeuvres :

DOMINIQUE PIVETEAUD, tableaux de métal, de tôle ondulée

Axe : l’improbable retour à l’objet muséal (passer par la question de la « crise du tableau »)

1) réaction spontanée à l'oeuvre :

L'oeuvre surprend et séduit par sa facture, quasi mimétique d’un tableau. L’assemblage de tôles, de feuilles de tôle roulées, pliées, sagement appliquées, accolées les unes aux autres reproduit illusoirement le cadre idéal d'un improbable tableau peint d’un courant expressionniste américain. Les feuilles de tôle assemblées, soudées sont de largeurs distinctes mais de longueurs sensiblement équivalentes. Elles dessinent ainsi de larges bandes de couleur verticales qui exhibent sans vergogne sur le zinc l'altération naturelle du métal, soit encore l'histoire intime de chaque membre, de chaque débris convoqué ici artistiquement sur le cadre pour énoncer une commune destinée: auréoles quasi géométriques sur une bande, éclat de métal sur une autre.
L'oeuvre se signale donc par une certaine infraction au principe de pertinence ou de congruence, puisqu'un matériau de rejet, de rebut, de récupération fait l'objet d'une industrie attentive, méticuleuse. En ce sens l'oeuvre relève effectivement de la contemporanéité esthétique puisqu'elle promeut ce que la tradition avait accoutumé de dénigrer et qu'elle propose une technique mixte associant collage et soudure. Le matériau est inattendu mais la facture le magnifie.
De façon tout à fait surprenante ici, l’œuvre signale une tension, un mouvement, un tropisme vers le tableau classique, l’objet de musée dont elle mime le cadre. Cette tension n’est pas mince car elle introduit une hésitation dans la consommation de l’objet symbolique. Par son matériau (le métal), l’oeuvre nous inviterait plutôt à une expérience de l’objet mais par cette tension nouvelle et inattendue, ce signe, elle articule une fable relative à l’origine et à la création et nous invite à un rébus.


2) un processus de trivialisation assez complexe

L’artiste nous confronte à un matériau nu, le zinc, dans une expérience qui bruit déjà d’un autre discours. Le matériau utilisé ici est singulier, tout à la fois banal et hospitalier. Le zinc illustre une certaine modalité du métal : un métal dont on sait à Paris qu’il est protecteur (quand il recouvre nos toits) ou accueillant et convivial, sous la métonymie (la synecdoque) du bar, du bistrot, même si originairement, en allemand, le mot zinc signifie «dent», « pointe acérée », soit le sème agressif traditionnellement attaché au métal. Il est employé dans cette œuvre de Dominique Piveteaud en sa qualité tectonique de « rouille blanche », soit l’état qu’il présente une fois oxydé, c’est-à-dire altéré, affecté, offert à l’activité des hommes et à l’échange.
Cette œuvre est dense, intense et volubile. Elle nous interpelle tout d’abord par son matériau et sa facture. Le zinc ici est plié, collé, ployé et sur le fond, étendu, un peu comme une pâte sur le support - rendu docile. Cette docilité contraste pourtant avec l’identité esthétique de l’objet qui est tout de même sur le fond (pour reprendre une heureuse expression de Salvador Dali) un objet « extra-plastique », soit encore un objet émancipé des contraintes de l’ancien paradigme esthétique : un enfant de la stridence et de la bigarrure.
Par son matériau et sa facture, l’œuvre affirme son organicité, une identité close en soi -non référentielle : soit une des conquêtes fondamentales du nouveau paradigme esthétique. Le métal affirme ici une intensité gestuelle, une violence soit un des traits remarquables de l’expressionnisme abstrait.
L’insertion du cadre dans l’œuvre vaut comme un message : nous avons là le geste et sa mémoire, le geste et sa conscience. La vigilance et le scrupule.

3) un « faire » qui se laisse appréhender comme un « voir » : ( la « crise du tableau »)

L’œuvre ici démontre une vertu didactique ; elle figure un parcours volontiers buissonnier, fait de refus, d’enquête, de collectes ferventes. Elle énonce, pudique, une folle liberté à rebours de l’Ecole, des musées, du savoir qui se sait. Elle dit l’atelier et l’ambition de l’artisan, la passion du labeur, l’amour des matières, la dignité de toutes et de chacune, la conquête des matériaux, le retour à la terre, qui nous reste fidèle, et dont les strates bavardes restituent note histoire. Cette œuvre est une énigme par sa sérénité ; elle bruit pourtant des mille débats, préludes à sa genèse. Ce qu’elle illustre au fond c’est la crise du tableau de chevalet telle qu’explicitée notamment chez Taraboukine (Le tableau de chevalet, 1923) ou reprise par les expressionnistes abstraits qui souhaitaient faire de la toile un théâtre, une arène. La toile figure symboliquement cette crise pour en signifier désormais l’obsolescence : nous sommes face à une grammaire esthétique mature.

L’œuvre ici n’affirme rien, ne contraint pas. Elle dispose sur la toile des rideaux de couleurs et sur le fond traite la fable comme un pur signe dont le signifié serait indifférent. Loin d’être anecdotique, le cadre ici figure un scrupule et un ordre de marche, il redessine l’horizon d’une conquête plastique. C’est une manière d’hommage, la conquête fière et rebelle d’une légitimité, l’incitation à soutenir l’élan, la verve créatrice.

L’œuvre de Dominique Piveteaud est passionnante par la richesse de son invention. Elle est de ces œuvres qui contribuent à périodiser l’activité artistique. Nous savons depuis Ovide, qu’à l’instar de l’amour, toute passion se nourrit de sa propre impossibilité. A cette aune, L’œuvre de Dominique Piveteaud fait sens et signe vers l’origine, vers l’objet muséal - radicale asymptote, mais ce qu’elle lui offre c’est un joli baiser d’adieu, happée déjà par la période qu’elle ouvre, qu’ avec pudeur et ferveur elle inaugure.

Jean-Yves SURVILLE-BARLAND
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