- nom: Fussler
- prénom: Nicolas
- adresse:
- ville: Paris - 18eme (75018)
- téléphone: 01 42 52 74 28
- portable: 06 87 19 13 50
- fax:
- activité: photographie
- style: paysage
- matériau: argentique
"photographe plasticien"
Travail documentaire sur le territoire et l’idée de limite : sur la pertinence du concept même de frontière.
"Le long de ligne"
Les photographies présentées dans la série "le long de la ligne" proposent une vision contemporaine de la frontière en Europe. Elles ont été réalisées au cours de mon voyage le long des 1917km qui délimitent le territoire espagnol.
C’est un travail documentaire sur le territoire et l’idée de limite : sur la pertinence du concept même de frontière. Dans chaque photographie, avec une apparente neutralité face au sujet, je suis à la recherche d’éléments qui révèlent le tracé de cette ligne. La frontière y est suggérée, son absence de lisibilité dans le paysage nous interroge sur son sens. Elle épouse le creux des vallées, parcourt la cime des crêtes, glisse le long des fleuves et traverse les plaines. Les bornes, les vestiges des postes de douanes et les barbelés nous donnent des preuves tangibles de son existence.
Alors qu’entre l’Espagne et le Portugal, les sillons du tracteur marquent la limite du champ en bordure de territoire, dans les enclaves de Melilla et Ceuta l’Union Européenne installe à ses frontières des dispositifs de haute sécurité pour freiner l’immigration clandestine et la contrebande. Dans une Europe où les frontières intérieures tendent à s’atténuer, en périphérie celles-ci prennent une forme extraordinairement concrète.
Ces paysages contrastés témoignent des changements d’une Europe en expansion et dévoilent les stigmates de l’histoire que porte le territoire.
"postes de douanes"
La série des « postes de douanes », bien que faisant partie d’une réflexion plus vaste sur la limite et le territoire européen, est un travail à part entière initié par Nicolas Fussler en 1998 le long de la frontière rhénane.
Elle dresse un état des lieux des postes de douanes à l’heure actuelle, dans un contexte politique et économique clair, celui de la consolidation de l’Union Européenne et des accords de Schengen.
Cet inventaire, hérité de la tradition de l’école photographique documentaire de Düsseldorf, offre une vision systématique et précise d’édifices en cours de mutation.
La fonction même des postes de douanes est remise en cause et on assiste à une redistribution territoriale de ces anciennes portes d’accès nationales, réparties sur la nouvelle limite de l’Europe. Ces petits territoires sont peu à peu délaissés, abandonnés, revendus puis reconvertis. A contrario, leur importance semble accrue aux confins de l’Europe et de nouveaux postes ultra modernes font leur apparition au fur et à mesure de son expansion.
Nicolas Fussler attire notre attention sur une architecture longtemps ignorée.
Bien qu’ayant tous un jour franchi une frontière, patiemment installés sur la banquette de la voiture en attendant de pouvoir redémarrer, peu d’entre nous ont porter le regard sur la construction en elle-même.
Pourtant, à travers cette exposition, se détache clairement une typologie du poste de douanes. On retrouve un certain nombre de traits communs entre les édifices, quelque soit leur époque, leur situation géographique ou leur nationalité.
Au niveau symbolique d’abord, le lieu stigmatise les valeurs de la nation à travers ses blasons, effigies, statuaire, plaques commémoratives, devises gravées sur les frontons, oriflammes et drapeaux.
Au niveau spatial ensuite, la notion de porte, de passage, de seuil, est identifiée par la présence d’un porche, d’une barrière, de panneaux stop, de marquages au sol, d’une cabine de surveillance. Deux types de structures se distinguent : celle qui s’impose au milieu de la chaussée et que l’on doit traverser ou contourner avant de franchir la barrière, et celle plus effacée qui longe la route.
Un poste de douanes ne vient jamais seul, il est généralement contigu à son homologue du pays voisin et dessine une double ponctuation du paysage.
Au niveau réglementaire enfin, le poste est le support d’informations sur les lois en vigueur dans le pays ou l’on s’apprête à entrer. Un certain nombre de panneaux et de bornes viennent marquer la zone de passage.
Dépassant le style propre à chaque culture, s’esquisse donc un type architectural reconnaissable au-delà des frontières.
Derrière ce catalogue objectif, on sent chez l’artiste un rapport affectif aux différents lieux. Les rencontres faites au fil de ses pérégrinations frontalières et les récits récoltés sont autant de pages d’histoire tournées qui participent de la mémoire collective.
A Bragança, une imposante bâtisse garde les marques de son passé controversé. Les graffitis gravés sur les murs nous remémorent la dictature de Salazar où les jeunes appelés portugais, tentant d’échapper à leur enrôlement forcé dans la guerre d’Angola, finirent dans les geôles du poste de douanes aujourd’hui reconverti en musée de la contrebande par son nouvel acquéreur.
En Moselle, le village de Petite-rosselle est coupé en deux par la frontière. Pourtant, on y parle le même patois, on y déguste les mêmes spécialités. Soixante ans après la seconde guerre mondiale, on s’efforce de gommer les traces de cette division.
A Oost-Cappel, le poste de douane franco-belge planté au milieu du village traversé par la frontière, trône, tel un monument, flanqué d’une statue de douanier.
A Melilla, au Maroc, la double barrière de barbelés de 6m de haut ne peut être franchie qu’entre 8h et 20h. Le commerce dynamique quotidien entre Nador et Melilla se heurte à un dispositif de surveillance sophistiqué. La nuit, une autre population ère autour des barbelés cherchant une brèche pour passer. Le poste est flambant neuf, loin de disparaître il est sans cesse modernisé.
Plus qu’un inventaire architectural, la série « postes de douanes » témoigne d’un patrimoine historique riche méconnu et offre une vision originale du processus de formation de l’Europe. C’est une série fluctuante qui accompagne l’élargissement de l’Union.
texte: Marion Michaut, architecte DPLG