- nom: Berthet
- prénom: Danielle
- adresse: 43 bd des Côtes
- ville: Aix-les-bains (73100)
- téléphone:
- portable: 06 86 76 34 40
- fax:
- activité: céramique, gravure, installation, peinture
- style: abstrait, figuratif
- matériau: acrylique, crayon, encre, gouache, huile, numérique, papier, pastel, terre, textile, végétal
"peinture gravure installations"
« Plus que les effacements et les ratures, parler de ce qui reste, parler des griffures jouant sur la finesse et la pauvreté, jouant sur l’effacement même de la couleur : car par son art premier Danielle Berthet prend par revers la figuration. En effet l’œuvre interpelle d’une autre manière : par sa trame complexe, subtile, par son mouvement à la fois étouffant et léger. Depuis ses premiers tableaux l’artiste évite toute imitation picturale de type culturel ou « cultuel ». Chacun de ses travaux possède quelque chose de particulier venue d’une sauvagerie première comme un long écho qui au loin se confond dans une vibrante et profonde unité. Son approche tient d’un art rupestre au rite indéchiffrable et sans doute à l’histoire complexe de l’artiste en ses arrachements.
L’œuvre tire son originalité du terrain peu exploité de ses techniques de présentation, de ‘sous-représentation ’, volontairement appauvries afin d’ouvrir aux résonances poétiques. En effet derrière – parfois – la pauvreté d’apparence, derrière – parfois aussi – une quasi monochromie ou plurichromie minimale et une couverture de la toile qui ne se fait que par morceaux, surgissent de multiples « arborescences » en confrontation avec la solitude de l’être et de ses images habituelles.
On touche à une sorte d’intensité d’un moment qui précède l’aurore du langage. L’œuvre reste donc un mystère qui raconte en termes basiques, comme tremblés, comme échappés à la main, des histoires vraies qui n’existent pas.
Hors provocation, Danielle Berthet crée une œuvre à la fois mûrement réfléchie et irrépressible qui entraîne un de ces ‘pas au-delà’ demandé par Blanchot à l’art : ce qui semble alors le plus primitif constitue la preuve qu’aucun rêve ne finit. Elle rend visible quelque chose qui n’appartient qu’à elle : un « reste » une dépense de lumière, un silence et un non-dit qu’elle rapproche du plan de la réalité sans pour autant vouloir le singer.
A sa manière l’artiste agit comme une enchanteresse en sa théâtralité du commencement qui installe un univers profond : un rêve si l’on veut, mais affiché de la manière la plus sèche à travers des stigmates qui forment un horizon mystérieux. Sur les surfaces seules des lignes cherchent à parcourir le support et le temps sans jamais l’imposer. Pourtant si on regarde bien, apparait une douce horloge qui nous met à l’heure, à l’heure d’images méconnues et votives dans leur ascension et en leur simplicité magnétique. Oui il ne reste que des traces mais qui nous parlent car nous sommes comme enfermés dans leur tremblement. La poésie de Danielle Berthet est toute ici : en un univers jamais camphré tout en rudesse et nudité, un univers habité d’une profonde peur salubre de la mort et d’amour de la vie. L’artiste ouvre en conséquence à l’intimité touchante comme d’ailleurs à la raillerie profonde de notre monde puisqu’elle le traite par l’absence, par le mépris. Rien donc n’est plus dense que cette œuvre ‘pauvre’ (ne pas parler pour autant d’arte povera mais son contraire tant le peintre croit en la matérialité de son art).
Dans son dialogue acéré entre la détresse et la prétendue légèreté de l’être, Danielle Berthet nous aura pris à témoin et à revers de notre isolement, de notre condamnation et de notre enfermement. Loin des univers bruyants et goguenards de l’art de son époque l’artiste elle-même s’est comme isolée mais pour transformer son regard et modifier le nôtre qui – lorsqu’il se confronte pour la première fois avec l’œuvre – ne peut s’en approcher que de manière lointaine, car il faut tout un travail pour accéder, au sein d’un nécessaire dépouillement, à la forte émotion. Par sa méditation sur le regard, avec sobriété, le travail du peintre conduit ainsi de l’état contemplatif à une sorte de résistance intérieure. Nous entrons alors en un monologue intérieur par des fournaises mais aussi des brûlis et ce qu’il en reste.
..
Franchissant les frontières elle ignore les mots qui veulent qualifier ce qu’elle crée. Et si elle garde en elle le pouvoir d’aller vers ce qu’on ne voit pas encore c’est en méprisant l’image préformatée car elle sait que celle-ci ne possède pas le monde mais se fait posséder par lui. Prenant garde aux idées, son art ne pense pas, il avance face à l’insaisissable..."
J-P Gavard-Perret
DANIELLE BERTHET
LE BÛCHER DES VANITES (extraits)