- nom: Gal
- prénom: Andras
- nom d'artiste: Andras Gal
- adresse: 20 rue des Briqueteries
- ville: Précy-sur-oise (60460)
- téléphone: 03 44 27 76 20
- portable:
- fax:
- activité: peinture, photographie, plasticien, sculpture
- style: art contemporain
- matériau: aquarelle, bois, bronze, crayon, huile, platre, pierre, résine, terre
"Sculpture, peinture, photographie"
Exposition Andras Gal, Ecouen, janvier 2006
Elles sont venues,
Plus nombreuses, en ce jour de janvier,
Les silhouettes de plâtre,
Les humains, le cœur creux,
A deux,
Ensemble,
Seules,
Dos voûtés,
Attachées, liées, au delta des épaules et du cou,
Surgies d’un socle, d’une turgescence végétale,
Juchées sur le doigt de la terre.
Elles sont moulées, ou écoulées,
Frais moulues ou éculées,
Gloire ou effigie,
Ermites, stylites,
Toujours là, en tout cas, l’humaine présence des temps et des légendes.
Un peu drôles, maquillées de bleu, de rouge, de primordiales couleurs,
Drapées,
Corps et matière dans la même enveloppe,
Drapeaux de civilisations embryonnaires,
Couvertes de millénaires d’espoirs, de rites, de sang, de crache, de mil, de chanvre,
Engluées, vivantes, tremblées, sacrificielles.
Dans la noble chrysalide des statues classiques,
Pèlerines, ailes pliées, dans un envol lointain,
En résonances des églises et des saints,
Plus définitivement là, cet hiver, l’humain, exposé, surexposé, coulé même dans le bronze,
Pour toujours, dans l’airain, le plâtre et ses filoches, le temps, sa tête de buis.
Dans l’espace, à côté, châteaux et palais se désagrègent, puis, solidaires, composent un nouveau cube de rêve où dormir et s’étioler,
Pris au feu, pris au four, arrêtés, suspendus, voués à la patine des passants,
Le promeneur s’amarre, espère, attend l’écume.
Elle survient, le submerge.
Vestige soudain, vertige.
Il touche alors le fond, rebondit, sursaute, à la corde raide de sa vie filée.
Un petit roi, tout englouti dans l’éclat de rire de marbre de son royaume, parle encore de ce gel, de ces destins trop grands, écroulés au bric à brac des guerres lasses : Construire, écrire, mesurer, empiler, des runes, des mots, des théâtres et des palais,
S’épuiser, se ruiner, geler dans son trône déjanté,
Aimer les ruines et les ensevelissements,
D’outre tombe, jouir encore de nostalgies glacées,
Dans l’orgueil des désespoirs, polir ses pierres de peine.
A l’entrée, le sculpteur nous accueille dans ses autoportraits.
Oui, c’est bien le sculpteur, il porte le chapeau des promeneurs solitaires, de Cézanne, de Van Gogh, des sages des républiques d’Europe du début du vingtième siècle, la Hongrie, la France, avant les totalitarismes…
Archimboldo au visage de fruits défendus : cigarettes, bouchons de bonnes bouteilles… Les merveilleuses entraves aux bonnes manières modèlent la joue, le front le nez du poète moqueur.
Mais de profil, regardez donc les oreilles ! Impressionnantes dans leur présence, dans leur finesse de feuilleté d’oreilles, elles rejoignent les têtes des David, des Mercures, des dieux des renaissances…
De bronze, elles se détachent, obsidiennes de l’entendu, de l’écouté, du perçu, du mélodié.
Un jour, quand pourriront les fruits blets de l’artiste enivré, ces pavillons tomberont au sol pour timbrer le monde qui s’enroule,
Elles laisseront aux visiteurs des temps qui viennent, le cuivré des poisons du métal d’automne.
Caisses de résonance.
Elles accrocheront leur perle aux « Grotesques « évoqués par le poète Verlaine :
« Leurs jambes, pour toutes montures,
Pour tous liens, l’or de leurs regards,
Par le chemin des aventures,
Ils vont haillonneux et hagards.
Le sage, indigné, les harangue,
Le sot plaint ces fous hasardeux,
Les enfants leur tirent la langue,
Et les filles se moquent d’eux.
C’est qu’odieux et ridicules,
Et maléfiques, en effet,
Ils ont l’air, sur les crépuscules,
D’un mauvais rêve que l’on fait.
C’est que sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés.
C’est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure -fastidieux-
L’amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux !… »
Poèmes saturniens en écho du sculpteur, resurgis d’un autre siècle dans la concordance des bois travaillés, petites têtes de piafs, des gisants qu’à demi dans l’amour conjugal, des légères empreintes déposées dans un moule, dans ses pas, ses passages, au tumulus des facéties.